L’Acoeur, la Bretzel qui menotte l’Alsace !

A compter du 1er janvier 2021, les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin sont regroupés sous le nom de « Collectivité européenne d’Alsace » (art. 1 de la loi n° 2019-816 du 2 août 2019). A ce titre et à cette date, les Alsacien(n)es auront la possibilité d’apposer, sur les plaques d’immatriculation de leurs véhicules, un logo différent de celui de la Région Grand Est. La nouvelle Collectivité européenne d’Alsace (CeA) va également se doter d’une identité visuelle (logo, drapeau) qui avait été supprimée en 2015, lors de sa fusion, avec la Champagne-Ardenne et la Lorraine. Loin d’être anecdotiques, ces symboles – plaque minéralogique et drapeau – sont au contraire des enjeux majeurs pour la Collectivité européenne d’Alsace. Les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin tentent d’imposer le logo dit « Acoeur » : la lettre A insérée dans une Bretzel rouge.

Or, l’Acoeur, c’est la Bretzel qui menotte l’Alsace ! Parce que :

1. L’Acoeur appartient à la Région Grand Est
2. L’Acoeur rend impossible la sortie de l’Alsace du Grand Est

3. L’Acoeur transforme les Alsacien(ne)s en panneaux publicitaires

4. Le choix de l’Acoeur est un déni de démocratie 

1. L’Acoeur, propriété exclusive de la Région Grand Est

Vous ne le savez sans doute pas mais le logo dit Acoeur (voir ci-contre, en forme de Bretzel) est une marque déposée à l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi) par l’Agence régionale du tourisme Grand Est, un établissement relevant à 100 % de la Région Grand Est. Autrement dit, la Collectivité européenne d’Alsace n’est même pas propriétaire de sa propre image !

En quoi est-ce un problème ? Explication. Imaginez un fabricant de vêtements qui vend toute sa production à une grande marque, mondialement connue. Si ladite marque retire sa griffe, l’usine de vêtements s’effondre. Si elle veut continuer à produire, elle n’a pas d’autre choix que de se soumettre aux directives du propriétaire de la marque qui dicte ainsi sa loi. Vous avez compris ? C’est exactement ce processus qui est en oeuvre à travers l’Acoeur, conçue pour être une marque mondialement connue. Ainsi, l’Alsace produit mais selon les directives du propriétaire de la marque, la Région Grand Est. Où comment l’Alsace passe sous la tutelle définitive du Grand Est.

>>> Pour accéder à la notice détaillée de la marque Acoeur sur le site de l’Inpi : cliquez sur ce lien puis saisissez le numéro 10836534

2. L’Acoeur exclue toute perspective de sortie du Grand Est

Avec l’Acoeur, l’Alsace ne pourra jamais plus changer de visuel ni même envisager la sortie du Grand Est. Car, exactement comme dans notre exemple du fabricant de vêtement, le risque économique de voir s’effondrer la marque Acoeur en France, en Europe et dans le monde sera trop grand. Ou comment, avec une Bretzel, le Grand Est prend le peuple alsacien en otage.

Or, 83% des Alsacien(ne)s veulent sortir du Grand Est. Ont-ils conscience que l’Acoeur bloquera définitivement cette perspective ?

Ce n’est pas un hasard si, lors des négociations préparatoires, Jean Rottner, président du conseil régional Grand Est, a catégoriquement refusé de rétrocéder la marque Acoeur à la Collectivité européenne d’Alsace : par le truchement de l’Acoeur, il met littéralement les Alsacien(ne)s à sa botte ! Pourtant, quoi de plus légitime que les Alsacien(ne)s soit propriétaires de l’image qui représentent leur Alsace ? Ainsi, « C’est une faute majeure, inacceptable, impardonnable […] que la marque Alsace ne sera pas la propriété des Alsaciens » s’exclamait le député haut-rhinois Laurent Furst, lors du débat, à l’Assemblée nationale, sur les compétences de la CeA. Et le député haut-rhinois Eric Straumann d’ajouter : « Nous aurions en effet bien du mal à expliquer à nos concitoyens que les Alsaciens ne sont même pas propriétaires de leur nom ! » (séance du 25 juin 2019). Qu’à cela ne tienne : avec l’Acoeur, l’Alsace serai ainsi la seule collectivité française à ne pas maîtriser sa propre image et à passer sous la coupe définitive d’une Région dont elle ne veut pas !

3. L’Acoeur transforme les Alsacien(ne)s en panneaux publicitaires

La marque Acoeur est née en 2011 d’une commande de l’ex-Région Alsace qui souhaitait disposer d’un outil de promotion commerciale. D’un point de vue marketing, l’Acoeur est incontestablement une très belle réussite ! Mais l’Acoeur est une marque commerciale ! Or, une entité politique comme la Collectivité européenne d’Alsace, censée représenter le peuple alsacien, des valeurs républicaines, la citoyenneté peut-elle être représentée par une marque commerciale destinée à vanter l’excellence de ses.. volailles ou de ses hôtels ?

Au moment même où, sur les boîtes-aux-lettres, fleurissent les autocollants « Stop pub », où l’agression publicitaire représente un véritable fléau et où l’on s’insurge, à juste titre, contre le modèle déshumanisé d’Amazon, les conseillers départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin imposent à leurs électeurs de transformer leurs voitures en… panneaux publicitaires de la maque commerciale Acoeur. Où comment rabaisser les citoyens alsaciens au seul rang de consommateurs ! Eriger la marque commerciale Acoeur en symbole politique constitue une atteinte inadmissible aux droits fondamentaux des citoyens.

Que diriez-vous d’un Etat qui, pour remplir ses caisses, décidait d’adopter, pour les plaques d’immatriculation et son drapeau, le logo d’Amazon, de Nike, de Google ou de… Nutella ? C’est pourtant exactement ce qu’envisage de faire la Collectivité européenne d’Alsace en adoptant la marque commerciale Acoeur. Qui, plus est, ne lui appartient même pas !

4. L’Acoeur, un déni de démocratie

La consultation, lancée du 30 septembre 2020 au 1er novembre 2020 par les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, a été présentée comme une démarche exemplaire de démocratie participative. En réalité, un simple sondage – dans lequel 56,55% des votants ont rejeté la marque commerciale Acoeur ; un résultat au demeurant invérifiable puisque les données ont été détruites…  – piloté par les directions de la communication (!) des conseils départementaux qui n’avait pour seul objectif que d’entériner au plus vite le choix de la marque commerciale Acoeur ; un choix qui remonte… à 2016 !

En effet, la notice détaillée de l’Inpi de la marque commerciale Acoeur, indique que le déposant – l’Agence régionale du tourisme Grand Est – a déposé la marque commerciale Acoeur le 24 avril… 2012. Or, à cette date, l’Agence régionale du tourisme Grand Est n’existe pas. En réalité, en 2012, la marque commerciale Acoeur a été déposée en pleine propriété par l’Agence de développement économique du Bas-Rhin. Mais, lorsqu’est créée l’Agence de développement d’Alsace (Adira) en 2016, par la fusion avec d’autres structures, la propriété de la marque commerciale Acoeur passe de l’Adira à… l’Agence régionale du tourisme du Grand Est. Rappelons que l’Acoeur est une marque commerciale qui ne concerne exclusivement que le développement économique des produits et services alsaciens. Alors ? Pourquoi ce transfert de propriété ? Un indice : lorsqu’est créé la marque commerciale Acoeur à la demande du conseil régional d’Alsace, le président s’appelle Philippe Richert. Lorsque la propriété de ladite marque est, en 2016, transférée à la Région Grand Est (par le truchement de son Agence régionale du tourisme), le président de cette nouvelle entité s’appelle… Philippe Richert. C’est donc dès 2016 que l’Acoeur est destiné à devenir le symbole de l’Alsace. Démocratie participative ?

Au fait, savez-vous que l’Adira, présidée par Frédéric Bierry, par ailleurs président conseil départemental du Bas-Rhin et candidat à la présidence de la CeA, est principalement financée par les collectivités alsaciennes ? Le contribuable alsacien, donc. Ainsi, non seulement la marque Acoeur permet à la Région Grand Est de dicter sa loi mais ce sont les Alsaciens eux-mêmes qui financent l’Adira, chargée de gérer ladite marque pour le compte de son propriétaire, la Région Grand Est.

Vous n’avez pas tout compris à ce montage juridique bien compliqué ? C’est normal : c’est même fait exprès ! D’ailleurs, les sites officiels des différentes instances citées ici sont particulièrement opaques. Tentez donc d’identifier le/la président(e) de l’Agence régionale du tourisme Grand Est – où même un(e) seul(e) de ses employé(e)s – pourtant propriétaire de la marque commerciale Acoeur censée incarner l’âme du peuple alsacien …

D’ailleurs, il est probable que rares sont les conseillers départementaux du Haut-Rhin – qui, lors de la séance du 20 novembre 2020, ont adopté à l’unanimité la marque commerciale Acoeur pour les plaques d’immatriculation – capable de vous expliquer ce montage. Soit ils n’ont rien compris et c’est très grave, soit c’est en toute connaissance de cause qu’ils ont adopté, pour représenter l’Alsace, une marque commerciale qui n’appartient pas aux Alsaciens mais dont ils financent la gestion, qui les transforme en panneau publicitaire et les empêche définitivement de sortir de la Région Grand Est. Et c’est alors plus grave encore.

Accepter la Bretzel Acoeur, c’est accepter le Grand Est !

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